Il y a des plages où l'on arrive en claquettes depuis un parking bitumé, et il y a Cala d'Orzu. Pour celle-là, il faut accepter une petite dose d'incertitude. J'y suis retourné au printemps dernier, et j'ai encore vu des gens faire demi-tour à mi-piste, persuadés de s'être trompés de chemin. Ils avaient tort. Et je les comprends.
Cette crique posée sur la commune de Coti-Chiavari, entre le Capu di Muru et le Capu Neru, fait partie de ces endroits qui filtrent naturellement leur public. Pas de boutiques, pas de parasols alignés au cordeau, pas de file d'attente. Le sable est clair, l'eau vire au turquoise dès qu'on avance de dix mètres, et le silence n'est troublé que par deux tours génoises qui veillent sur les caps alentour. Voilà pour le décor. Le reste, c'est de la logistique.
Points clés à retenir
- Accès par une piste de terre non goudronnée, à environ 1,5 km après l'embranchement : la voiture passe, mais lentement et sans baisser la garde.
- Prévoyez de l'eau, de quoi grignoter et des chaussures correctes : sur place, il n'y a rien.
- Le stationnement se fait en bord de piste, gratuitement, et il se remplit vite en juillet-août.
- Comptez une dizaine de minutes de marche depuis le point de stationnement jusqu'au sable.
- La baignade est agréable tôt le matin ou en fin d'après-midi, quand le vent tombe.
Où se trouve exactement la plage de Cala d'Orzu ?
Elle occupe une anse discrète de la côte ouest de la Corse-du-Sud, rattachée à la commune de Coti-Chiavari (20138). Si vous logez du côté d'Ajaccio ou de Porticcio, c'est une sortie très faisable sur une demi-journée. Depuis Propriano, ça demande déjà un peu plus de route, mais rien d'insurmontable.
Le repère le plus utile n'est pas une adresse postale, c'est un carrefour. Vous quittez la D155 en direction de Serra-di-Ferro, et environ 500 mètres après Acqua-Doria, vous tournez à droite sur une piste. Ensuite, il faut rouler prudemment pendant un peu plus d'un kilomètre et demi avant de repérer l'embranchement qui part sur la gauche vers la cala.
Comment la repérer sur une carte
Sur n'importe quelle application de cartographie, la crique apparaît sous son nom, mais la piste, elle, est souvent représentée par un simple trait fin. Ne vous fiez pas à l'impression de proximité : la distance à vol d'oiseau ne veut rien dire ici, c'est le relief qui commande. Mon conseil : notez le point de bifurcation avant de partir, parce que le réseau capte mal dans le secteur et vous n'aurez peut-être pas la carte sous les yeux au moment décisif.
Quelle distance depuis Ajaccio ?
Une bonne quarantaine de kilomètres séparent Ajaccio de la cala, ce qui représente grosso modo une heure de trajet selon la circulation estivale. Le dernier tronçon, sur la piste, rallonge forcément la note. En haute saison, partez tôt. Pas pour « avoir de la place », mais parce que la route qui descend vers la côte se sature vite à partir de 10 h.
L'accès en voiture : ce que personne ne vous dit vraiment
Oui, on peut y aller en voiture. Non, ce n'est pas une promenade de santé. La fameuse piste de terre est praticable par un véhicule ordinaire, mais elle est étroite, parfois défoncée après un orage, et les croisements avec un autre véhicule demandent de la patience et un peu de sang-froid. J'ai vu une berline basse racler son pare-chocs à un endroit où le sol s'était affaissé. Elle est arrivée quand même. Elle a juste laissé un souvenir.
Ce qui manque cruellement dans la plupart des descriptions que j'ai pu lire, c'est le chiffre qui compte vraiment : le temps de marche réel depuis le point où l'on se gare jusqu'au sable. Comptez une dizaine de minutes, avec une descente qui n'a rien de technique mais qui se fait sentir au retour, quand il fait chaud et que la remontée vous attend.
- Un véhicule un peu haut sur pattes est clairement un avantage, sans être obligatoire.
- Évitez d'y aller juste après de fortes pluies : la piste devient grasse.
- Ne vous engagez pas trop loin si vous croisez un véhicule qui monte, laissez-le passer.
- Le stationnement est gratuit, mais l'espace est compté.
Et en bateau ?
C'est l'autre façon d'y venir, et franchement la plus élégante. Beaucoup de plaisanciers mouillent dans l'anse, et c'est d'ailleurs pour ça que la plage peut sembler plus fréquentée qu'elle ne l'est depuis la route. Je n'ai jamais testé de navette régulière avec un tarif affiché, donc je ne vous inventerai pas de prix : renseignez-vous localement auprès des loueurs de Porticcio si cette option vous tente. Ce que je peux dire, c'est que par la mer, la cala prend une tout autre dimension, avec les deux caps qui encadrent la baie et une eau qui paraît presque irréelle à la mi-journée.
Sur place : ce qu'il y a, et surtout ce qu'il n'y a pas
C'est ici que beaucoup de visiteurs déchantent. La Cala d'Orzu est une plage sans surveillance à ma connaissance, sans poste de secours permanent, sans douches, sans toilettes publiques. Vous ne trouverez pas non plus de paillote tenue à l'année sur le sable. Il y a bien une petite structure de restauration qui s'active en saison, ce fameux « Chez Francis » dont on parle beaucoup, mais elle fonctionne de manière saisonnière et son ouverture dépend de l'année et de la météo. Ne bâtissez pas votre déjeuner uniquement là-dessus.
Traduction concrète : vous emportez votre eau, votre pique-nique, votre crème solaire et de quoi occuper les enfants. Et vous redescendez tout avec vous. Aucune poubelle, aucune excuse.
Peut-on manger sur place ?
En pleine saison, il est possible de déguster poissons et fruits de mer dans le secteur, ce qui constitue un vrai plus pour une plage aussi isolée. Mais je préfère être clair : je ne vous garantirai ni horaires, ni carte, ni tarifs, parce que ce genre d'établissement change de fonctionnement d'une année sur l'autre. Le mieux que vous puissiez faire, c'est de prévoir une solution de repli dans le sac. Une plage superbe avec un sandwich, c'est toujours mieux qu'une plage superbe avec un estomac vide et un espoir déçu.
La Cala d'Orzu, bonne idée avec des enfants ?
Ça dépend de l'âge. L'eau se réchauffe vite dans cette anse bien abritée, la pente est douce, le sable est fin. Pour des enfants qui savent nager ou qui restent dans le petit bain sous surveillance rapprochée, c'est très bien. Pour un enfant de trois ans qui ne tiendra pas la remontée, c'est plus discutable. La descente ne vous semblera pas longue à l'aller, parce que vous serez porté par l'envie de voir la crique. Au retour, en plein cagnard, avec un petit dans les bras et les sacs sur l'épaule, elle se transformera en ascension.
Ceci dit, c'est justement ce caractère « qui se mérite » qui fait tout le charme de l'endroit. Les plages accessibles en deux minutes depuis un parking sont bondées. Celle-ci ne l'est jamais vraiment, même au cœur de l'été.
| Critère | Cala d'Orzu | Plage accessible en voiture classique |
|---|---|---|
| Accès | Piste de terre + marche | Parking bitumé, accès direct |
| Fréquentation | Faible à modérée | Souvent forte |
| Services | Presque aucun | Toilettes, douches, paillotes |
| Surveillance | Pas à ma connaissance | Variable selon saison |
| Stationnement | Gratuit, en bord de piste | Parfois payant, souvent saturé |
Quel est le meilleur moment pour en profiter ?
Deux fenêtres. Le matin, avant que la lumière ne devienne écrasante et avant que les plaisanciers ne débarquent. Et la fin d'après-midi, quand le vent tombe et que l'eau prend cette teinte que les photos de la Cala d'Orzu ne rendent jamais tout à fait. Entre les deux, en juillet et août, la chaleur s'accumule dans le creux de l'anse et la baignade perd de son charme.
Hors saison, la cala change de visage. J'y ai passé une matinée d'avril où je n'ai croisé personne pendant plus d'une heure. Le vent soufflait, la mer clapotait, et j'avais l'impression d'avoir réservé l'endroit pour moi. C'est là, franchement, que cette plage donne sa pleine mesure.
Un dernier point qui vaut pour toute la région : le vent peut se lever vite, et une anse abritée peut devenir agitée en vingt minutes. Gardez un œil sur l'horizon.
Ce que la Cala d'Orzu m'a appris
Je suis reparti du secteur en repensant à ces demi-tours que j'avais vus. Ils cherchaient une plage facile, ils ont trouvé une piste improbable, et ils ont conclu qu'ils s'étaient trompés. Le malentendu est là : cette crique ne demande pas à être vaincue, elle demande juste qu'on accepte de ne pas tout contrôler. On roule doucement, on descend à pied, on redescend ses déchets, et on laisse la mer faire le reste.
La prochaine fois que vous verrez une voiture faire demi-tour à 200 mètres du but, souriez. Elle vous offrira peut-être un peu plus de place sur le sable.